Anorexique un jour… « un peu sensible à ça toujours »

L’anorexie, la boulimie font partie des troubles alimentaires, les connaissez-vous?

Ils touchent surtout les adolescentes et les adolescents. Cependant des adultes en souffrent aussi. Non traités, la personne atteinte peut en mourir.

Merci Aline pour la générosité de ton partage. Je suis convaincue qu’une maman, une amie qui sait peut-être même une enseignante le présentera à sa fille en guise d’inspiration car tu en es une. La fragilité dont tu témoigne dans ce texte nous confirme que la route s’apprivoise à tous les jours tout comme le sont les couleurs de la vie, une journée à la fois, un pas à la fois avec l’Amour de ceux qui entourent la personne touchée par le trouble alimentaire.

Je vous invite à lire le généreux témoignage d’une collègue auteure aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur: Aline Viens (anorexique, ex-anorexique, anorexique en rémission…pour un long, long, long moment)

Du 1er au 7 février 2015, c’est la semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires.

Et moi, ça me touche personnellement.

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Je me permets de vous reparler ici de mon histoire personnelle, qui doit ressembler, j’en suis convaincue, à l’histoire de plusieurs d’entre vous.
Vous saurez peut-être me le dire.

Pour être tout à fait honnête, je trouve que les troubles alimentaires, c’est une maladie dont il est difficile de se défaire à 100%. Même aujourd’hui, à 32 ans, je ne me sens pas toujours bien avec mon corps (et je pèse mes mots ici), je vis constamment de l’insatisfaction, pour ne pas dire que je vis un « stress » par rapport à mon alimentation. 

Que ce soit par rapport aux quantités que je mange, aux aliments, au nombre de fois où je peux manger par jour… je me sens souvent coupable après avoir mangé, pour toutes sortes de raisons.


Même si mon corps affiche un poids « normal », je me trouve toujours trop grosse.

Non mais, vais-je un jour me trouver juste « correcte »?

Ça fait maintenant 19 ans que ça a commencé, cette bataille.

Petite, je me suis toujours trouvé plus grosse que les autres. Il me semblait que mes amies étaient toutes plus « petites » que moi, et je trouvais qu’être petite, c’était plus beau, plus… attirant, plus gracieux.

À 13 ans, j’ai vécu une première peine d’amour, et c’est je crois quelques mois plus tard que j’ai commencé à penser perdre du poids. 

J’étais devenue végétarienne entre temps (je le suis toujours, l’amour et le respect des animaux est une cause qui me tient énormément aussi à cœur), mais
j’ai commencé à couper sur plusieurs choses, entre autres, tout ce qui pour moi évoquait le sucre et le gras.

Graduellement, je suis devenue obsédée par les calories; je regardais tout le temps les grilles de valeurs nutritives sur les aliments et ça me rendait de plus en plus inconfortable de penser que j’ingérais un certain nombre de calories… si bien que, j’ai coupé encore plus, jusqu’à ne manger qu’une poignée de légumes, une fois par jour, et disons que… la quantité n’étais pas énorme.

Écouter entrevue à Médium Large sur Radio-Canada: Troubles alimentaires, quand la quête de contrôle dérape

Aline à 16 ansJ’avais 16 ans, et j’avais perdu près de 30 livres depuis mes 13 ans. J’étais très fière.
Les gens me faisaient tous la remarque que j’avais beaucoup maigri.
Un de mes amis, un jour, je m’en souviens très bien, m’a fait un câlin, et m’a dit: « Aline, j’ai peur de te briser! »
Ma mère était constamment sur mon dos, car de plus en plus consciente de ce qui se passait… mais elle était totalement impuissante devant mon comportement.
Et moi… je me trouvais encore trop grosse. Je pesais maintenant 90 livres.


En secondaire 5, j’ai dû quitter l’école, finalement.

Je m’endormais désormais trop pour suivre les cours. Mon corps ne suivait plus du tout. Je suis partie.
C’est quelques mois plus tard que ma mère m’a mise au pied du mur ; ou je remontais la pente et je recommençais à manger, ou elle m’entrait de force à Ste-Justine au département des anorexiques. 

Ça m’a forcée à me rendre à l’évidence ; ma qualité de vie n’était pas la meilleure. 
 

Le plus bas poids que j’ai atteint est 83 livres, avant de remontrer la côte en sens inverse.


Quand on reprend son poids après une longue période de privation, ça fait disons un effet boomerang « pas très intéressant »… on reprend le poids perdu et bien davantage.
Ce qui fait qu’à 17 ans, je peux dire que je suis devenue « bien en chair », j’avais même un surpoids dû à cet effet, qui allait éventuellement se résorber.
Cependant, comme je disais plus tôt, l’anorexie, ça quitte parfois nos habitudes… mais nos têtes?
Pas totalement.


Vers l’âge de 25 ans, ça s’est manifesté à nouveau chez moi. 

IMG_20150206_0001J’ai recommencé à me dire que, ce corps ne me plaisait toujours pas; que pourrais-je faire pour l’apprécier un peu plus? Je me suis procuré un vélo stationnaire, question de reprendre un peu ma « shape » de jeune fille.
Comme prévu, j’ai perdu du poids au bout d’un certain temps à faire de l’exercice, mais cette perte de poids, pas assez marquée à mon goût, m’a donné le goût d’en perdre plus. Étais-je encore capable de maigrir davantage?

Je suis retombée bien rapidement en mode privation, ce mode que je connaissais si bien, qui m’était si familier.
En agissant comme tel, étrangement, je me sentais « chez moi ».
Et plus je me restreignais, plus je me trouvais belle. 

J’ai reperdu près de 30 livres en me privant de manger presque entièrement, et en bougeant beaucoup.
Tous mes vêtements ne me faisaient plus, j’allais dans les boutiques et je n’arrivais pas, souvent, à me trouver des vêtements à ma taille… tout était trop grand!
On me faisait souvent des remarques sur le fait que j’étais chanceuse d’être si petite…
« Ahhhhhhhh madame, si vous saviez comme je souffre 
pour être mince comme ça!!! »
avais-je envie de crier…
les gens pensent tout le temps que cette minceur, cette maigreur, est toute naturelle. C’en est presque drôle tant c’est faux.

Souffrir d’anorexie et de troubles alimentaires, ce n’est pas quelque chose dont on se vante publiquement.
Même le fait de vous en parler comme ça… je me sens un peu gênée et un peu honteuse. 
 
J’imagine que c’est surtout en lien avec le fait que, on sent qu’on ne devrait pas penser et agir comme ça, c’est « mal » et c’est néfaste pour le corps… mais en quelque part, on y trouve beaucoup de plaisir, malgré la souffrance.

Car je l’avoue ; maigrir et voir son corps fondre au bout d’efforts, ça procure un sentiment de plaisir et de satisfaction. Oh oui.
C’est en quelque sorte addictif et ça donne toujours le goût d’aller plus loin dans cette voie.

Seule ma mère semblait remarquer à cette époque que, j’avais retrouvé mon fameux problème. Elle m’en parlait régulièrement, me proposait de l’aide, mais je ne voulais surtout pas en entendre parler, j’étais fière de mon 98-100 livres.


J’avais 27 ans.


C’est à ce moment que j’ai rencontré Pascal Chaumont, mon amoureux.

Depuis que Pascal est dans ma vie, j’ai, on pourrait dire « repris mon poids plus normal ». Graduellement, année après année, je suis redevenue en chair, j’ai une alimentation saine (je crois) et j’essaie de ne pas trop « focusser » là-dessus, sur le fait que j’ai des bonnes cuisses, des bonnes fesses, un petit ventre, que je n’avais pas avant. 

J’essaie.

Mais cette petite voix dans ma tête me rappelle toujours que… j’étais donc belle, avec 30 livres en moins! Hum… et si j’en perdais un peu?

Pour 2015, effectivement, si je pouvais perdre un 15 livres, juste 15 livres… ça serait super… Retrouver ma shape de jeune femme! 

Trouble alimentaire, ou désir sain de me sentir plus belle et mieux dans mon corps?
Pour l’instant, je dirais avec certitude la deuxième option… mais je me surveille!
LOL

Des séquelles?

Pour ceux qui se demandent si j’en ai gardé des séquelles physiques, je dirais, oui; j’en ai même certainement que je ne vois pas et dont j’ignore l’existence dans mon système, surtout en lien avec cette période d’adolescence où je me suis très peu nourrie.

À part ça, mon corps a gardé de belles cicatrices partout sur mes hanches, qu’on appelle vergetures, comme un rappel de tout ce poids que j’ai repris à mes 17 ans, quand j’ai recommencé à manger, et qui m’a alors étiré la peau… ma peau-sur-les-os.
Avec ces dessins sur ma peau, je ne peux nier ni oublier ce triste parcours, cet épisode de ma vie.

 
Et ça me rappelle que… tout ceci n’est pas très loin dans ma tête, en fait.
 La route de la guérison sera probablement longue.
Mais je suis patiente. 
 

Et surtout, je suis…vivante.

Aline Viens auteure et Lynne Pion février 2015
à St-Sauveur.
Lynne Pion et Aline Viens auteures
Vous avez besoin d’aide? Vous pouvez communiquer avec l’équipe d’ANEB Québec au 1800-630-0907.

 

 

 

 

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